Melbourne, il y a 181 ans

Hier, c’était Melbourne Day. Vous étiez au courant ? Moi non plus. Enfin je savais que l’on « fêtait » Melbourne Day, mais cela m’était complètement sorti de la tête. De toute façon, je travaillais et je n’aurais pas pu me rendre à la City, théâtre des célébrations.

Mais si j’ai manqué l’évènement, je me suis dit que c’était l’occasion de revenir sur quelques faits qui ont conduit Melbourne à être ce qu’elle est de nos jours et d’en apprendre un peu plus sur l’histoire toute récente de cette ville incroyable. Aujourd’hui je vous propose de repartir 181 ans en arrière pour en savoir plus sur la fondation de Melbourne.

Des éleveurs devenus fondateurs

Le 30 août 1835, les vents soufflèrent dans les voiles de l’Enterprize, venu de Tasmanie, pour le mener jusque sur la rive nord de la Yarra River. L’Enterprize, un navire de 27 mètres de long, avait été acquis par Fawkner en avril 1835 spécialement pour mener une mission dans le district de Port Phillip. Son idée était de se rendre sur place pour trouver un « petit » bout de territoire idéal pour établir une colonie. Le problème, c’est que Fawkner ne put participer au voyage : il fut détenu à George Town, au nord de la Tasmanie, pour des histoires d’argent… Fawkner fut donc forcé de rester sur l’île, pendant que son navire se dirigeait vers de nouvelles contrées…

A bord de l’Enterprize, des éleveurs à la recherche de terres pour leurs troupeaux de moutons. Des colons qui cherchaient comme tout le monde à faire fortune. Le dimanche 30 Août 1835, les passagers posèrent pied à terre et établirent de la première colonie européenne de Melbourne. Cet endroit correspond aujourd’hui à l’Enterprize Park, et se situe juste en face de l’Immigration Museum.

L'Enterprize
L’Enterprize

Fawkner vs. Batman

Bien que Fawkner n’eusse participé à l’expédition, il était le propriétaire du navire et l’organisateur du voyage. C’est pour cette raison qu’il se proclama fondateur de Melbourne. Mais il n’était même pas présent ! On pourrait d’ailleurs en tirer une moralité : payez toujours vos dettes avant de conquérir de nouveaux territoires. Tâchez de vous en rappeler.

On entend aussi souvent parler de Batman. Pas celui auquel vous pensez, mais John Batman : un autre navigateur qui établit un campement dans la Bellarine Peninsula en juin de la même année. Même s’il parvint à signer un « accord » avec des aborigènes pour acheter des terres le long de la Marybirnong River, au nord de l’actuelle Melbourne, ce « contrat » fut annulé par la suite par les autorités à son retour en Tasmanie. Entre temps Fawkner avait eu le temps de mener sa propre affaire de son côté. La moralité ici : n’essayer pas d’arnaquer les gens.

John Fawkner vs. John Batman

Mais finalement, qui est donc le fondateur de Melbourne ?

Bien que les deux explorateurs aient largement participé à l’évolution de Melbourne dans ses premières années, les historiens s’accordent pour affirmer que les fondateurs sont les colons qui faisaient partie de la première expédition de l’Enterprize en août 1835.

« Cinq hommes, une femme enceinte et un chat furent les premiers fondateurs de l’actuelle métropole », écrivit Garryowen, un des premiers journalistes de la ville, dans Chronicles of Early Melbourne 1888.

The Chronicles of early Melbourne, Garryowen
Les premiers colons, The Chronicles of early Melbourne, Garryowen

Batmania, capital du Victoria

Melbourne aurait pu s’appeler différemment : dans les premières années, aucun nom officiel n’avait été donné. On pouvait entendre Barebrass, Bearport, Dutergalla, Bareheep, et… Batmania.

Ce n’est qu’en mars 1837 que le nom définitif et officiel fut choisi : Melbourne était le village de résidence du premier ministre anglais de l’époque.

Fondation, ou réappropriation ?

Melbourne fut fondée en 1835, et l’on est encore incertain sur les vrais créateurs.

Malheureusement, l’on oublie souvent que l’Australie n’était pas déserte lorsque les Européens arrivèrent. L’actuelle Melbourne était à l’origine occupée par des peuples aborigènes, essentiellement les Kulins. C’est avec eux que Batman tenta de signer un traité pour s’approprier des terres. Et même si cet accord fut annulé par la suite, il ne reste guère de traces de l’occupation ancestrale de ces populations légitimes.

Signature du "traité" avec le populations locales
Signature du « traité » avec le populations locales

Et pour en savoir encore un peu plus, je vous conseille de lire l’histoire de Gilbert, le premier chat de Melbourne.

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Sovereign Hill : un voyage dans le temps

Si vous aimez l’histoire, et que vous voulez en apprendre davantage sur des événements majeurs qui ont marqué l’Australie, Sovereign Hill, situé à quelques kilomètres de Ballarat, dans le Victoria, est sans doute l’un des endroits les plus célèbres et les plus ludiques pour faire un bond dans le passé.

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Ce musée vivant est une incroyable reconstitution de la ruée vers l’or qui s’est déroulée à partir de 1851. Avant la découverte de mines d’or dans les années 1850, la région de Ballarat était essentiellement dédiée à l’élevage de moutons. Mais en 1851, des mines d’or furent découvertes et transformèrent la vie locale.

Des migrants venus de toute l’Australie, d’Europe, d’Asie affluèrent pour tenter leur chance et faire fortune. En quelques mois, de nombreux campements étaient établis et la population atteignait 20 000 habitants, et Ballarat devint la vile la plus peuplée du Victoria.

Sovereign Hill reproduit la vie dans les campements à cette époque : acteurs en costumes, démonstrations artisanales, parade militaire, voyagez dans le temps et découvrez les secrets de la ruée vers l’or !

Une journée à Sovereign Hill

Bien que Sovereign Hill soit plutôt destiné à un public familial, tout le monde y trouvera quelque chose à faire et à voir.

Les reconstitutions de campements permettent de comprendre dans quelles conditions vivaient les travailleurs.

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Déambulez dans la rue principale et admirez les façades des bâtisses d’époque coloniale.

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Assistez à la parade militaire.

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Vous pourrez aussi voir de vrais témoignages de l’époque qui ont été conservés et restaurés.

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Vous pourrez rentrer dans des boutiques et ateliers, et vous pourrez assister à des démonstrations telles que la fabrication de roues, la confection de bougies et savons, ou encore au travail du bronze. De nombreuses échoppes vous ouvrent leur portes : confiserie, magasins de vêtements et de tissus, apothicaire, bijouterie, chapelier, et bien d’autres…

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Vous pourrez également plonger sous terre pour visiter une ancienne mine, porter des costumes d’époques, jouer au bowling…

🎳 Old fashioned bowling #sovereignhill #goldrush #ballarat #ilovemelbourne #ilovevictoria #iloveaustralia

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… tenter votre chance à la rivière, et peut-être trouver de l’or…

Will you be lucky enough to find gold ? #sovereignhill #goldrush #ballarat #ilovemelbourne #ilovevictoria #iloveaustralia

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…faire un tour en calèche…

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Sovereign Hill vous réserve encore bien d’autres surprises, notamment avec d’impressionnant jeux de sons et lumière en nocturne.

En bref, je recommande vraiment la visite de Sovereign Hill, à inclure dans un long week end à Ballarat, qui mérite vraiment le détour. Ce n’est généralement pas une destination très prisée, pourtant la région est vraiment à découvrir, avec les Macedon Ranges, Daylesford et Hepburn Springs, de nombreuses randonnées et le musée de la démocratie (qui est devenu l’un de mes musées préférés en Australie).

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Le prix de l’entrée, à 54AUD par adulte, est un peu élévé, je le reconnais volontiers, mais je vous conseille toutefois de vous y rendre, si vous passez par là-bas, et tout particulièrement si vous avez des enfants.

L’histoire de la colonisation de l’Australie est très récente, et il est vraiment passionnant de découvrir comment ce pays à évolué en si peu de temps.

 

Alors, êtes-vous prêt à remonter le temps ?

 

 

Plongée dans l’histoire sur Cockatoo Island

Cockatoo Island : l’île des cacatoès. Quand je l’ai visitée, je n’y ai pas vu pas un seul cacatoès. Seulement quelques mouettes et pigeons qui se battaient autour des restes de nourriture laissés pas les touristes de passage sur l’île. Pourtant elle figure au Patrimoine mondial de l’Unesco.

A moody shot of the Powerhouse taken by @joejesper on his first visit to the island. #cockatooisland #sydney #sydneyharbour

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Cette île située dans la baie de Sydney est en réalité le théâtre de près de deux siècles d’histoire carcérale et industrielle. Avec ses 300 mètres de long sur 300 mètres de large environ, elle représente la plus grande île de la baie. De 1839 à 1991, plusieurs activités se sont succédé et ont fait de l’île un des centres d’attention majeurs de Sydney.

Cockatoo Island a tour à tour été une prison, un centre de formation, et un chantier naval. Pendant la seconde guerre mondiale, l’île est d’ailleurs devenue le plus important chantier naval du Pacifique sud. Elle a donc été aménagée en conséquences : un bunker et des galeries creusées dans la roche permettaient aux ouvriers et officiels présents de se protéger en cas d’attaque aérienne.

Take a walk down Tunnel 1 during Biennale.

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La construction de navires restant l’activité principale de 1857 à 1991, il est possible de découvrir de nombreux bâtiments liés à l’industrie navale. Ainsi j’ai pu me rendre dans d’immenses entrepôts où les plans étaient dessinés, les coques étaient moulées, les turbines assemblées et les bateaux déchargés. Cette visite originale est très prenante et je me suis sentie plonger dans l’histoire en parcourant d’anciens couloirs où les prisonniers purgeaient leurs peines, en traversant des galeries où les ouvriers pouvaient s’abriter en cas de raid aérien, et en explorant des ateliers de construction où l’odeur de graisse mélangée à la poussière règne encore même après vingt ans d’arrêt de toute activité.

Ancien entrepôt d'assemblage de turbines. Cockatoo island.

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Aujourd’hui, l’île accueille les touristes pour un voyage dans le temps de quelques heures, mais aussi pour quelques nuits de camping ou encore pour séjourner dans des maisons d’époque et de style colonial. Un cours de tennis avec vue sur la baie de Sydney, des tables de ping-pong au cœur des entrepôts, des tentes installées sous les grues de déchargement, des barbecues près des rails qui servaient à mettre les navires à l’eau : tout est aménagé pour le loisir mais dans une ambiance toute particulière. Et le mélange fonctionne très bien.

Retour de Cockatoo island.

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Le cadre est magnifique, les contrastes entre nature et matériaux industriels sont frappants. Cette île remarquable représente un arrêt touristique peut être moins connu que l’opéra ou Bondi beach, mais vaut autant sinon plus le détour et devrait être classée dans les lieux incontournables de la visite de Sydney.

It's all in the detail. @bronwynbe snapped this engaging close-up of the wooden boat located next to the slipway and Northern Apron Park.

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Alors qu’attendez vous pour embarquer à bord d’un ferry et vous rendre à Cockatoo Island ?

Australia Day : une fête nationale qui divise

If the Australian flag itself was sighted was on the shores of Gallipoli, it was rare indeed.

 

Aujourd’hui, nous célébrons Australia Day. Partout en Australie, les gens se retrouvent, généralement autour d’un barbecue et de quelques bières (soyons honnêtes : plusieurs litres!) pour célébrer, comme tous les ans, le jours où l’Australie est devenue le pays que nous connaissons tous désormais. L’ambiance est festive, le soleil brille, on ne travaille pas… une bonne journée s’annonce !

Impress your friend’s by cooking native animals on Australia Day.
Impress your friend’s by cooking native animals on Australia Day.

 

Pourtant, lorsque l’on s’intéresse de plus près à la signification de ce jour, la fête prend une saveur toute différente. Australia Day, Anniversary Day, mais aussi Invasion Day, jour de l’invasion.

James Cook avait déjà dirigé en 1770 une expédition qui l’avait mené vers les côtes orientales du continent et permis d’établir un premier contact avec des terres jusque-là inexplorées par les européens. Mais c’est le 26 janvier 1788 que l’Australie devint officiellement une colonie britannique avec l’arrivée de onze bateaux qui formaient la First fleet, la première flotte. Arthur Phillip, alors capitaine, devint premier gouverneur de la Nouvelle Galle du Sud, lorsqu’il « prit possession » du territoire au nom du roi George III et y proclama la souveraineté de la couronne britannique.

Illustration: Matt Davidson.
Illustration: Matt Davidson.

 

Le problème, c’est que ce territoire n’était pas inhabité. Les britanniques avaient pour consigne de signer un traité avec les Aborigènes, mais les tensions entre colons et colonisés menèrent rapidement à des conflits. Différences culturelles profondes, incompréhension entre deux peuples contrastés, modes de vie divergents : tous les ingrédients semblaient mener à une issue dramatique.

Au cours des siècles, l’histoire des Aborigènes à été marquée par des événements tragiques qui restent encore très frais dans les mémoires des Australiens.

Pour ces raisons, certains citoyens se posent aujourd’hui la question de la légitimité de l’Australia Day.

Certains s’interrogent sur la véritable naissance de l’Australie :

Voilà c’est l’Australia Day, le jour où les gens célèbrent la naissance de la nation. Sauf que cette nation est née il a 40 à 60 mille ans.

[…] Au lieu d’un traité, au lieu de compromis ou d’une collaboration, leur territoire a été désigné Terra Nullis, une terre entière jugée vide par des gens qui ont refusé d’accepter les revendications des locaux.

Amy Gray, The Vine.

D’autres préfèrent honorer la diversité culturelle des peuples d’origine :

D’autres encore souhaitent privilégier les deux versions de l’Histoire :

S’il y a bien un jour où je ne me sens pas Australienne, c’est pendant l’Australia Day.

Ce que je refuse, c’est de privilégier une version de l’Histoire plutôt qu’une autre. Je ne peux tout simplement pas faire partie de cette amnésie collective qui semble frapper l’Australie tous les 26 janvier.

Chelsea Bond, The Conversation.

Enfin, le sarcasme est parfois employé pour dénoncer le paradoxe de ce jour particulier :

Alors, on fête le jour où un Anglais a brandi un drapeau anglais en buvant une apéro anglais […] et a trinqué à la santé d’un roi anglais […] ? Je suis sûr qu’on peut faire mieux que ça.

David Hunt, The Sydney Morning Herald

 

En prenant compte de ces faits et idées, et bien loin des célébrations et décalages, peut-être le 26 janvier pourrait-il devenir pour l’Australie un jour de commémoration…